Pourquoi les entreprises doivent penser au-delà des États-Unis concernant les sanctions liées au travail forcé

Le travail forcé n’est peut-être pas encore une préoccupation majeure pour la plupart des entreprises. Cependant, avec de nouvelles réglementations attendues en Australie, dans l’Union européenne et ailleurs au cours des un à deux prochaines années, il devient essentiel de s’y préparer.

Pourquoi les entreprises doivent penser au-delà des États-Unis concernant les sanctions liées au travail forcé

À retenir :

  • Bien que le travail forcé n’ait pas été un sujet majeur de préoccupation pour la chaîne d’approvisionnement au cours des un ou deux dernières années, il est sur le point de redevenir un risque important dans un avenir proche. Cela s’avère particulièrement vrai à l’échelle mondiale, où de nombreux pays renforcent l’application des sanctions liées au travail forcé. 
  • Alors que les actions d’application de l’UFLPA (Uyghur Forced Labor Prevention Act) ont diminué en 2025, plusieurs signaux indiquent que cette loi et d’autres réglementations américaines relatives au travail forcé pourraient connaître une recrudescence des mesures d’application en 2026. 
  • En outre, à partir de 2027, le règlement européen sur le travail forcé (UE 2024/3015) sera pleinement mis en œuvre. Cette directive interdira sans exception l’importation, la commercialisation ou l’exportation de produits issus du travail forcé au sein de l’Union européenne.

Face aux nombreux paramètres qui ont émergé dans la chaîne d’approvisionnement ces derniers temps—droits de douane, conflits armés, pénuries de matériaux—il est facile de perdre de vue un volet de la conformité resté relativement discret l’an passé : le travail forcé. 

Cela s’est confirmé tout particulièrement aux États-Unis. Les chiffres de l’application de l’UFLPA (Uyghur Forced Labor Prevention Act) sont nettement inférieurs à ceux des années précédentes. L’administration Trump a réorienté les priorités des services de douane et de protection des frontières (CBP) vers l’application des droits de douane. Les effectifs des agences en charge des sanctions ont été réduits. En 2025 et 2026, la réalité est que la mise en œuvre des sanctions sur le travail forcé a été reléguée au second plan parmi les objectifs de politique publique aux États-Unis. 

Mais même si le travail forcé n’a pas représenté une menace majeure pour la chaîne d’approvisionnement ces derniers mois, il est sur le point de réapparaître comme un risque significatif à court terme. Cela s’avère d’autant plus vrai au niveau international, où de nombreux États renforcent leur arsenal de mesures contre le travail forcé. Plusieurs réglementations d’envergure sont récemment entrées en vigueur ou le seront dans les prochaines années. Nous résumons et analysons ci-dessous certaines des évolutions réglementaires les plus déterminantes.

Pour la grande majorité des entreprises internationales en 2026, le filtrage relatif au travail forcé et le respect des réglementations de conformité associées ne sont pas de simples recommandations : il s’agit d’un pilier indispensable d’un programme de conformité global.

Sanctions américaines sur le travail forcé 

Début 2026, plus de 3,9 milliards de dollars de marchandises ont été saisies ou retenues dans le cadre de l’UFLPA. Depuis la promulgation de cette loi en 2022, 42 000 détentions ont été enregistrées. L’UFLPA se distingue parmi les sanctions américaines concernant le travail forcé comme l’un des rares dispositifs dotés d’un périmètre suffisant pour entraîner des saisies en douane. Ces dernières années, la Customs and Border Protection (CBP) a été habilitée à confisquer les marchandises soupçonnées soit de provenir de la région ouïghoure de Chine, soit d’être liées à une société réputée pour l’exploitation de travailleurs ouïghours. 

Cette situation a amené de nombreuses entreprises et importateurs américains à porter une attention accrue à la législation et à ses conséquences sur leurs importations. Bien que l’année 2025 ait vu quelques évolutions autour de l’UFLPA, aucune nouvelle liste n’a été ajoutée sous l’administration Trump. Parallèlement, la CBP s’est intensivement consacrée à la mise en œuvre et à l’application des priorités tarifaires fixées par cette administration au cours de sa première année de mandat. 

Néanmoins, en raison des risques de saisie et d’atteinte à la réputation liés à la non-conformité au travail forcé, les entreprises doivent rester vigilantes quant à tout lien potentiel, même indirect, de leur chaîne d’approvisionnement avec la région ouïghoure de Chine. Malgré une activité apparemment réduite récemment, l’UFLPA reste une loi dynamique ayant évolué à plusieurs reprises, modifiant son champ d’application de manière à prendre au dépourvu les entreprises insuffisamment préparées lors de leur passage en douane aux États-Unis. 

Malgré une activité réduite récemment, l’UFLPA reste une loi dynamique ayant évolué à plusieurs reprises, modifiant son champ et ses priorités de façon à surprendre les entreprises non préparées lors de leur entrée sur le territoire américain.

À surveiller en 2026 

Alors que les actions d’application de l’UFLPA ont enregistré une baisse en 2025, plusieurs signaux laissent entrevoir une intensification probable de l’UFLPA et d’autres réglementations relatives au travail forcé aux États-Unis en 2026. 

Une lettre de décembre 2025, signée par 13 parlementaires américains à destination de la CBP, exprime son inquiétude au sujet de la stabilité de la liste des entités UFLPA depuis le 15 janvier 2025, malgré des preuves persistantes d’un recours généralisé au transfert de main-d’œuvre forcée dans la région ouïghoure. Les groupes de plaidoyer poursuivent par ailleurs leur pression continue, indépendamment du contexte politique, pour davantage de transparence et de responsabilisation des pratiques de travail en Chine. 

Enfin, la possibilité d’une « mise à jour massive » demeure, c’est-à-dire l’ajout soudain de dizaines de nouvelles organisations à la liste des entités, suivi d’une application immédiate. Un tel scénario constituerait une menace majeure pour les entreprises qui n’ont pas procédé au filtrage actif de leur chaîne d’approvisionnement et dont la due diligence serait jugée insuffisante, avec à la clé de graves conséquences juridiques et réputationnelles. Pour anticiper ces risques, Z2Data tient à jour une Sanctions Watchlist recensant les entreprises à risque présentant des allégations crédibles de travail forcé, un outil précieux pour tout acteur souhaitant évaluer proactivement sa chaîne d’approvisionnement vis-à-vis des entités à haut risque. 

Une annonce soudaine du type « rebound » dans le cadre de l’UFLPA—ou toute autre augmentation rapide des sanctions pour travail forcé—demeure une véritable possibilité en 2026. Limiter l’influence chinoise aux États-Unis et accentuer la pression sur la Chine fait l’objet d’un large consensus politique de part et d’autre de l’échiquier. Par ailleurs, si les accords conclus en 2025 entre l’administration Trump et la Chine ont démontré une chose, c’est bien que la politique et les relations commerciales entre ces deux puissances géopolitiques peuvent évoluer du jour au lendemain.

Autre facteur à surveiller aux États-Unis concernant le travail forcé : les menaces de l’administration Trump d’inciter l’U.S. Trade Representative Office à user de la section 301. Ce texte donne à ce bureau le droit d’ouvrir des enquêtes sur les économies étrangères qui manqueraient d’agir contre le travail forcé. La section 301 a surtout été utilisée jusqu’à présent pour imposer des droits de douane ciblés, mais elle offre aussi la possibilité d’imposer des restrictions à l’importation et de suspendre des avantages commerciaux. À terme, des échanges vers certains secteurs ou pays pourraient donc se voir restreints de manière inattendue en raison de cette disposition. 

Mise à jour européenne sur le travail forcé 

À partir de la fin 2027, le règlement européen sur le travail forcé (UE 2024/3015) entrera pleinement en application. Cette directive interdira explicitement l’importation, la vente ou l’exportation de produits issus du travail forcé sur tout le territoire européen. Fait étonnant, jusqu’en 2024, aucune interdiction européenne à l’échelle régionale ne s’appliquait à l’importation de ces produits ; seules quelques législations nationales existaient dans certains États membres. La mise en vigueur du règlement marque donc une volonté d’unification et de durcissement du cadre répressif contre les liens à la main-d’œuvre forcée. 

À surveiller en 2026

Entre 2025 et 2027, l’UE constituera une base de données recensant les pays, secteurs et produits présentant des risques élevés, tout en fournissant aux entreprises concernées des lignes directrices de conformité, notamment sur la conduite de la due diligence. Un mois clé à retenir pour 2026 est juin, période à laquelle ces lignes directrices seront publiées pour la première fois. 

La publication de ces recommandations peut être vue comme le signal de départ pour les organisations, qui devront alors établir et paramétrer les systèmes nécessaires au filtrage de leur chaîne d’approvisionnement en conformité avec la réglementation, contacter leurs fournisseurs et avancer vers la mise en conformité. 

L’UE a historiquement joué un rôle moteur dans l’élaboration de cadres réglementaires fondés sur le filtrage—par exemple via la CSRD et la CSDDD—et les entreprises européennes peuvent s’attendre à des lignes directrices exhaustives sur la conformité, la due diligence et les indicateurs de risque. Si les entreprises disposent encore d’un certain délai pour s’adapter au règlement européen sur le travail forcé, sa particularité réside dans l’absence d’obligations de reporting ou d’exigences internes : toutes les entreprises vendant des biens dans l’UE sont dans son périmètre d’application, sans distinction. 

Cette approche rapproche la réglementation européenne de la loi américaine UFLPA, en ce sens qu’elle s’impose à toutes les entreprises opérant sur le territoire. Toutefois, la différence majeure réside dans sa portée : alors que l’UFLPA est ciblée exclusivement sur la Chine et l’exploitation des Ouïghours, la législation européenne pourra s’appliquer à toute situation avérée de travail forcé, indépendamment du pays d’origine.

La publication des nouvelles lignes directrices européennes sur le travail forcé peut être vue comme le signal de départ pour les organisations, qui devront alors mettre en place et configurer des systèmes pour filtrer leur chaîne d’approvisionnement, solliciter leurs fournisseurs et avancer vers la mise en conformité avec la future réglementation.

Mise à jour mondiale sur le travail forcé

En plus des sanctions mentionnées précédemment, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie font tous évoluer leur législation sur la « Modern Slavery Act » (MSA), avec des exigences, portées et sanctions variables. Parmi ces pays, l’Australie s’apprête à entreprendre les plus grandes avancées pour renforcer sa propre MSA en 2026. 

Pour les entreprises générant plus de 100 millions AUD de chiffre d’affaires mondial et commercialisant des produits ou ayant une activité en Australie, un rapport annuel obligatoire doit être remis à la réglementation australienne. Ce rapport doit identifier les risques d’esclavage moderne dans la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise, détailler les mesures d’atténuation et les actions de due diligence menées, présenter les politiques internes visant à prévenir le recours au travail forcé, ainsi que les procédures de remédiation. En outre, les entreprises doivent évaluer et résumer l’efficacité de leurs mesures de prévention et/ou de remédiation avec leurs fournisseurs dans ce même rapport. 

Depuis 2023, la pression s’intensifie sur le gouvernement australien pour renforcer la MSA. Sur 30 recommandations émises pour accroître l’efficacité de la loi, 25 ont été retenues, au moins partiellement, par le gouvernement. Depuis lors, plusieurs mesures sont en cours de mise en œuvre, telles que la création d’un Commissaire anti-esclavage, la production de lignes directrices additionnelles sur la conformité et des améliorations administratives ciblées. 

Les plus grands changements portent toutefois sur les sanctions renforcées pour non-conformité et un élargissement des obligations de reporting sur les situations constatées de travail forcé. Une standardisation accrue de ce reporting reste également à l’étude pour l’avenir. Toutes ces évolutions sur la loi australienne signifient que les entreprises concernées doivent désormais mettre la due diligence au cœur de leur stratégie. Les risques de non-conformité—y compris les pénalités financières ou l’atteinte à la réputation—sont trop importants pour être négligés. 

Comment Z2Data sécurise la gestion du risque travail forcé

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