Réglementations mondiales et devoir de vigilance pour les fabricants d’électronique
Le travail forcé est une forme d’exploitation où des personnes sont contraintes de travailler contre leur volonté, généralement sous la menace de sanctions ou d’une autre forme de coercition. L’Organisation internationale du travail (OIT) le définit comme un travail imposé sous la menace d’une peine et exécuté de manière involontaire. On y est souvent poussé par la pauvreté, la dette ou d’autres vulnérabilités ; une fois piégées, les victimes sont régulièrement privées de leurs droits et libertés fondamentaux. Il s’agit d’un enjeu global de droits humains touchant des millions de personnes. D’après l’OIT et les estimations mondiales de Walk Free, environ 28 millions de personnes ont été victimes de travail forcé en 2021. La répartition n’est pas égale : la région Asie-Pacifique concentre le plus grand nombre de cas, suivie par l’Afrique et les États arabes.
Ce problème est particulièrement répandu dans l’industrie mondiale des technologies, où les produits résultent souvent de chaînes d’approvisionnement complexes et fragmentées impliquant de nombreux fournisseurs et sous-traitants dans des pays où la législation du travail est faible. Dans ce contexte, le travail forcé désigne l’exploitation de travailleurs intervenant dans la production, la distribution et le traitement des déchets des produits et services technologiques. Forme d’esclavage moderne, il peut survenir à chaque étape : extraction des matières premières, fabrication des composants, assemblage final, jusqu’à l’élimination des déchets électroniques.
Les travailleurs de la chaîne d’approvisionnement de l’industrie technologique peuvent être victimes de plusieurs formes d’exploitation, notamment la traite des êtres humains et le travail forcé. Plus le niveau hiérarchique est profond, plus l’exploitation est difficile à identifier ; quant à la chaîne électronique, elle s’étend régulièrement sur quatre, cinq niveaux ou plus sous la marque visible.
Pour lutter contre l’esclavage moderne et le travail forcé, les gouvernements et organisations internationales ont mis en place des réglementations et directives à l’intention des entreprises. Le point commun de ces dispositifs émergents : ils font peser la charge de la preuve sur les entreprises et secteurs, en exigeant d’eux de prouver que les biens importés ne sont pas issus du travail forcé. Le Uyghur Forced Labor Prevention Act (UFLPA) des États-Unis, la Supply Chain Due Diligence Act (LkSG) en Allemagne, le Forced Labour Regulation européen et la loi canadienne Fighting Against Forced Labour and Child Labour in Supply Chains Act imposent tous des obligations de vigilance accrue aux entreprises de nombreux secteurs. Le tableau ci-dessous compare ces grands régimes selon leur juridiction et leurs exigences principales.
| Réglementation | Juridiction | Exigence principale |
|---|---|---|
| UFLPA | États-Unis | Présomption réfutable que tout produit entièrement ou partiellement fabriqué dans la région du Xinjiang, ou par des entités listées, a été réalisé par travail forcé et est interdit à l’importation, sauf si l’importateur apporte la preuve du contraire par des éléments clairs et convaincants |
| LkSG | Allemagne | Supply Chain Due Diligence Act, en vigueur depuis janvier 2023 : impose aux entreprises concernées une diligence raisonnable sur les droits humains et l’environnement dans leurs propres activités et celles de leurs fournisseurs directs, incluant analyse de risques, mesures de prévention et reporting |
| Forced Labour Regulation | Union européenne | Interdiction de mise sur le marché ou d’exportation dans l’UE pour tout produit issu du travail forcé ; application via des enquêtes pouvant conduire au retrait des biens incriminés |
| S-211 | Canada | Fighting Against Forced Labour and Child Labour in Supply Chains Act, en vigueur depuis janvier 2024 : exige des entités concernées la production d’un rapport public annuel sur les mesures prises pour prévenir et réduire les risques de travail forcé ou d’enfants dans leurs chaînes d’approvisionnement |
Différentes réglementations et recommandations internationales visent à éradiquer le travail forcé, et il incombe aux entreprises de s’y conformer. Certaines entreprises ont déjà pris des mesures pour améliorer les conditions de travail sur leurs propres sites et ceux de leurs fournisseurs, afin de garantir l’absence de travail forcé ou d’abus de droits humains sur leur chaîne d’approvisionnement. D’importants efforts restent à fournir. Pour les fabricants d’électronique, les enjeux sont concrets : selon la présomption de l’UFLPA, un seul intrant contaminé à un sous-niveau peut entraîner la détention de la totalité de l’expédition, la charge de la preuve d’une chaîne propre incombant à l’importateur. Cartographier les fournisseurs au-delà du premier niveau n’est donc plus optionnel.
De nouvelles réglementations et des mises à jour continuent d’être adoptées, beaucoup d’entre elles concernant le travail forcé. Cette dynamique vise à inscrire durablement les principes ESG, les droits humains et la responsabilité sociétale dans les chaînes d’approvisionnement. Une réglementation mondiale en mutation rapide peut exposer une organisation à des risques susceptibles de menacer la continuité et la réputation de ses activités. Cette évolution est illustrée par la séquence de jalons ci-dessous, des débuts du mandat UFLPA jusqu’aux interdictions plus globales dans les principales économies.
Remplir ces obligations repose sur un processus de diligence raisonnable reproductible : identifier vos fournisseurs au-delà du premier rang, évaluer les zones à risque de travail forcé, agir pour y remédier et documenter les preuves attendues par les autorités. Ce même flux de travail permet aussi d’effectuer un examen d’applicabilité UFLPA, une analyse de risque LkSG et la préparation du rapport annuel au titre de la loi canadienne S-211.
Retracez les fournisseurs au-delà du premier rang jusqu’aux sources de matières premières et de composants où le risque de travail forcé se concentre
Évaluez les fournisseurs et régions selon les listes de surveillance et de vigilance du travail forcé et les zones à risque élevé
Collaborez avec les fournisseurs, exigez des justificatifs et adaptez vos approvisionnements si le risque ne peut être écarté
Conservez les documents et rapports nécessaires pour contester une présomption ou déposer une déclaration de diligence obligatoire
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