Minéraux de terres rares : le monopole de la Chine reste une menace pour les chaînes d’approvisionnement

Avec plus de 70 % de la production mondiale de minéraux de terres rares, la Chine représente une menace majeure pour les chaînes d’approvisionnement mondiales dans les secteurs de l’électronique et de la défense.

Minéraux de terres rares : le monopole de la Chine reste une menace pour les chaînes d’approvisionnement

À la une :

  • Les terres rares : définition et importance
  • Pourquoi les terres rares et la Chine étaient-elles un sujet brûlant au printemps 2019 ?
  • Pourquoi le débat s’est essoufflé en 2020 (Indice : Coronavirus)
  • Réduire la dépendance à la Chine pour l’approvisionnement en terres rares

Fin septembre 2020, l’ancien président Donald Trump a déclaré l’état d’urgence nationale dans le secteur minier.

L’ordonnance présidentielle signée par l’ex-président Trump visait à encourager « la production nationale de terres rares essentielles aux technologies militaires, tout en réduisant la dépendance des États-Unis envers la Chine ».

Cet acte d’urgence a servi de rappel pour beaucoup. L’abondance de terres rares en Chine était un sujet d’actualité majeur au printemps 2019, mais le débat s’est vite estompé. L’attention portée à la Chine et aux terres rares s’est dissipée.

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Ce pic spectaculaire dans les tendances de recherche a eu lieu en mai 2019

Bien que les terres rares aient été relayées au second plan par d’autres actualités de la chaîne d’approvisionnement électronique, la demande pour ces matériaux précieux reste très élevée. Par ailleurs, le quasi-monopole chinois sur les terres rares demeure à ce jour. Si le terme « terres rares » prête à confusion — ces minerais ne sont en réalité pas « rares » — les géologues s’accordent à dire qu’il s’agit de ressources précieuses. Le problème principal n’est pas la quantité, mais l’accessibilité.

Pourquoi les terres rares sont importantes

Les terres rares désignent 17 éléments utilisés dans l’électronique grand public comme dans les produits de défense nationale. Les premiers usages et découvertes remontent aux États-Unis. Toutefois, la production a rapidement été délocalisée en Chine, en raison de coûts de main-d’œuvre inférieurs et de contraintes environnementales moindres.

Très vite, la Chine représentait 97 % de la production mondiale de terres rares — un pourcentage tombé à environ 70 % aujourd’hui.

La chronologie de ce basculement de la production des États-Unis vers la Chine est illustrée par les faits suivants :

En 1997, le principal producteur américain de terres rares est vendu et rouvre en Chine en 2003. En 2015, le dernier grand producteur américain dépose le bilan.

En 2010, un bateau de pêche chinois a percuté deux navires japonais en mer de Chine orientale. Alors que le Japon s’apprêtait à juger le capitaine chinois, la Chine a menacé d’imposer un embargo sur les terres rares, ce qui aurait eu un effet dévastateur sur l’industrie automobile japonaise — le Japon dépendant des terres rares pour les pots catalytiques et d’autres composants clés des véhicules.

Combinée à la chute de son dernier grand producteur, cette situation a étendu le monopole chinois des terres rares bien au-delà des seuls usages de consommation, jusque dans les négociations politiques. La Chine utilisait son monopole comme levier — et un levier puissant.

2019 : la folie des terres rares

La montée en puissance de la Chine dans la production et le traitement des terres rares, associée à la guerre commerciale sino-américaine, a suscité un vaste débat sur l’importance stratégique de ces ressources. La Chine n’a guère caché son intention de limiter l’accès des États-Unis aux terres rares. Le Comité central du Parti communiste chinois a adressé un message sans équivoque aux États-Unis : « Nous conseillons aux États-Unis de ne pas sous-estimer la capacité de la Chine à défendre ses droits et ses intérêts fondamentaux. N’allez pas dire que vous n’avez pas été prévenus. »

Ce message a été diffusé après la visite très médiatisée du secrétaire général Xi Jinping dans une grande mine de terres rares en Chine. Entre 2014 et 2017, près de 80 % des importations américaines de terres rares provenaient de Chine. La menace d’une restriction a déclenché une véritable frénésie temporaire parmi les entreprises, les décideurs politiques et, surtout, les responsables de la chaîne d’approvisionnement.

C’est une problématique qui ne se résout pas avec le temps. L’industrie mondiale des terres rares a généré 8,1 milliards de dollars en 2018, et devrait atteindre 14,4 milliards de dollars d’ici 2025. Les années passant, la poigne de fer chinoise sur ce secteur ne cesse de se renforcer.

2020 : un nouveau défi nommé COVID

Malgré l’inquiétude grandissante autour des terres rares en 2019, l’apparition du Coronavirus en 2020 a instauré une nouvelle norme d’alerte pour les chaînes d’approvisionnement. Les conflits commerciaux et le bras de fer politique étaient déjà familiers aux experts du secteur, mais la pandémie a constitué une épreuve inédite. Avec la COVID-19 qui s’imposait brutalement, les terres rares sont passées à l’arrière-plan — et à juste titre.

Cependant, suite à la déclaration récente de l’ex-président Trump, il faut s’attendre à ce que la question des terres rares regagne le devant de la scène. COVID étant désormais intégré dans le quotidien, les médias spécialisés en chaîne d’approvisionnement vont chercher de nouveaux sujets à traiter (oui, j’admets l’ironie de cette remarque).

S’approvisionner en terres rares hors de Chine

Avec le retour au premier plan des enjeux liés aux terres rares, les responsables mondiaux de la chaîne d’approvisionnement vont, de nouveau, explorer des alternatives hors de Chine. Diverses stratégies émergent pour s’approvisionner ailleurs. La diminution de la part chinoise dans la production mondiale de terres rares, passée de 97 % à 70 %, prouve que des alternatives existent.

Tout repose aujourd’hui sur la motivation. Les entreprises et les pays ne diversifient leurs sources hors de Chine que lorsqu’ils se sentent menacés. Par exemple, le Japon a accru ses programmes de recherche-développement et a réorganisé sa chaîne d’approvisionnement à la suite de la menace d’embargo de 2010. Cette décision a été un facteur déterminant dans le recul de la part chinoise sur le marché mondial.

Si un pays comme le Japon peut se permettre une stratégie ad hoc et réactive face au monopole chinois des terres rares, une entreprise n’a généralement ni le temps ni les ressources financières pour ne pas agir en amont. Les entreprises doivent dès aujourd’hui envisager la Chine telle qu’elle sera en 2025 : un monopole sur un secteur potentiel de 15 milliards de dollars.

L’objectif est de trouver des sources alternatives de terres rares situées dans différents pays, tout en encourageant les pouvoirs publics à investir dans la recherche et développement nationale sur les terres rares. La Chine produit six fois plus de matériaux de terres rares que son principal concurrent, à savoir les États-Unis. Pour alléger les risques dans la chaîne d’approvisionnement, il est essentiel de réduire cet écart.