Le travail forcé dans la chaîne d'approvisionnement de l'industrie technologique fait référence à l’exploitation des travailleurs impliqués dans la production et la distribution de produits et services technologiques. Il s’agit d’une forme d’esclavage moderne qui peut survenir à chaque étape de la chaîne d'approvisionnement des semiconducteurs et de la technologie, depuis l’extraction des matières premières, le minage, le traitement des matières premières, la production de tranches de silicium, l’assemblage et les tests des produits finis, jusqu’à l’élimination des déchets électroniques.
Les travailleurs de la chaîne d’approvisionnement de l’industrie technologique peuvent être soumis à diverses formes d’exploitation, y compris la traite d’êtres humains et le travail esclavagiste moderne. Ils peuvent être contraints de travailler de longues heures dans des conditions dangereuses et inhumaines, pour une rémunération faible ou inexistante. Nombreux sont ceux qui subissent également des abus physiques et verbaux, et peuvent être privés de leur liberté de mouvement ainsi que du droit de quitter leur emploi.
Le travail forcé dans la chaîne d’approvisionnement de l’industrie technologique constitue un enjeu majeur de droits humains, affectant des millions de travailleurs à travers le monde. Les entreprises du secteur technologique ont ainsi la responsabilité de garantir que leurs chaînes d’approvisionnement soient exemptes de travail forcé et de collaborer avec leurs fournisseurs pour traiter tout cas d’exploitation.
De nombreux rapports font état de travail forcé dans l’industrie technologique, particulièrement dans des pays comme la Chine, où la législation du travail est plus faible et son application souvent laxiste. En conséquence, les travailleurs peuvent être soumis à de longues heures, des salaires bas, des conditions de travail dangereuses et d’autres formes d’exploitation, et risquent de ne pas pouvoir quitter leur emploi en raison de menaces, de violences ou d’autres formes de coercition.
Des cas de travail forcé ont également été signalés dans l’extraction et la production de matières premières telles que le cobalt, le mica, l’étain, et d’autres. Des enfants sont souvent contraints à travailler de longues heures dans des conditions dangereuses et insalubres, et peuvent être victimes de maltraitances physiques et psychologiques.
Le cobalt, par exemple, est un composant essentiel des batteries lithium-ion utilisées dans les smartphones, ordinateurs portables et autres appareils électroniques. La République démocratique du Congo (RDC) produit plus de la moitié du cobalt mondial, et des rapports ont fait état de travail forcé et d’exploitation d’enfants dans les mines de cobalt. Le coltan, ou colombo-tantalite, est une autre matière première liée au travail forcé, extraite en République démocratique du Congo (RDC). Le coltan est utilisé dans la fabrication de condensateurs, présents dans des appareils électroniques tels que les smartphones et les ordinateurs portables.
D’autres matières premières associées au travail forcé comprennent :
- L’or, utilisé dans la fabrication de composants électroniques, la galvanoplastie et les fils de liaison, est souvent extrait dans des pays à haut risque de travail forcé et de violations des droits humains, tels que le Burkina Faso, le Mali et la RDC.
- Le mica, un minéral utilisé dans divers produits électroniques, notamment les condensateurs et les isolateurs, provient souvent de mines en Inde où le travail des enfants et des conditions de travail dangereuses ont été signalés.
- L’étain est utilisé pour fabriquer la soudure reliant les composants électroniques aux dispositifs. Il est extrait dans plusieurs pays, dont l’Indonésie, la Malaisie et la Bolivie. Des rapports ont fait état de travail forcé et d’abus dans l’industrie d’extraction de l’étain dans ces pays.
- Le tungstène, utilisé pour produire des composants électroniques comme les ampoules ou les transistors. L’extraction du tungstène est associée au travail forcé et à des violations des droits humains, notamment en RDC et au Myanmar.
La République démocratique du Congo (RDC) et les pays avoisinants d’Afrique centrale sont aussi connus pour l’extraction de minerais de conflit (conflict minerals), utilisés dans de nombreux produits, y compris l’électronique grand public, la bijouterie et les pièces automobiles. Les minerais de conflit sont extraits dans des zones de guerre, souvent par du travail forcé ou sous la contrainte, puis vendus pour financer des groupes armés ou alimenter des violations des droits humains. Les minerais les plus couramment désignés comme minerais de conflit sont l’étain, le tantale, le tungstène et l’or (souvent appelés les « 3TG »). En savoir plus sur les minerais de conflit.
En plus des matières premières utilisées dans les produits électroniques, il existe également des risques d’abus de main-d’œuvre dans la fabrication des composants électroniques et des produits finis. Par exemple, des abus ont été signalés dans des sites de fabrication électroniques en Chine, tels que de longues heures de travail, des salaires faibles et des conditions de travail dégradées.
Pour remédier à ce problème, certaines entreprises technologiques ont mis en place des politiques et des programmes d'approvisionnement éthique afin d’identifier et de prévenir le travail forcé dans leur chaîne d'approvisionnement. Ces démarches incluent la réalisation d’audits et d’inspections, la collaboration avec les fournisseurs pour améliorer les conditions de travail et l’engagement auprès des parties prenantes pour promouvoir la transparence et la responsabilité.
Malgré ces efforts, l’élimination du travail forcé dans la chaîne d’approvisionnement technologique reste un défi, compte tenu de la complexité et de la dimension mondiale de la chaîne d’approvisionnement. Cependant, une collaboration continue entre les parties prenantes — gouvernements, organisations non gouvernementales et acteurs de l’industrie — peut contribuer à résoudre ce problème et à garantir la protection des travailleurs contre l’exploitation.