Pour les fabricants et les autres entreprises évoluant dans l’un des nombreux secteurs dépendant de la chaîne d’approvisionnement électronique, l’obsolescence des composants représente un risque permanent de perturbation. Lorsqu’une notification de fin de vie (EOL) informe une entreprise de l’obsolescence imminente d’un composant, le fabricant se voit confronté à plusieurs décisions difficiles, qui peuvent entraîner une augmentation des coûts, des retards de production, voire mettre en péril la fonctionnalité du produit. Même si certaines entreprises disposent d’une stratégie interne pour faire face à l’obsolescence imminente d’un composant critique, les solutions requièrent presque toujours un niveau d’adaptation et de compromis loin d’être idéal.
L’obsolescence des composants en hausse
L’obsolescence des composants—principalement liée à des complications de fabrication, à l’évolution des réglementations environnementales et surtout à la baisse de la demande du marché—est en hausse. Un rapport récent de Z2Data a illustré de manière convaincante l’ampleur et la portée de l’obsolescence dans la chaîne d’approvisionnement des composants électroniques. L’étude a révélé que près de 750 000 composants ont atteint la phase EOL en 2022, une augmentation marquée par rapport aux années précédentes (due en partie à la dynamique inédite de l’offre et de la demande pendant la pandémie). Bien que le nombre d’obsolescences ait diminué l’année suivante, 2023 a néanmoins compté près d’un demi-million de composants arrivant en fin de vie.
Alors que la fréquence de l’obsolescence des composants continue de croître pour les fabricants de secteurs tels que l’automobile, l’aéronautique, la défense et l’électronique grand public, la pression s’accentue sur les ingénieurs et les responsables des achats stratégiques pour s’attaquer au problème avec plus de rigueur et de prévoyance. Cela implique de passer d’une gestion réactive de l’obsolescence à une stratégie intégrée dès le processus de fabrication, notamment au moment de la sélection des composants.
Les enjeux de l’obsolescence
Les fabricants qui s’approvisionnent sur la chaîne d’approvisionnement mondiale des composants électroniques doivent constamment gérer un éventail de risques et de perturbations. Parmi eux : phénomènes climatiques extrêmes, arrêts d’usines, conflits commerciaux, et durcissement des directives environnementales. Dans ce contexte complexe de gestion des risques, quelle place occupe l'obsolescence ? « C’est l’un des cinq risques majeurs », déclare Daniel Grundy, directeur Royaume-Uni & International à l’International Institute of Obsolescence Management (IIOM). Selon Grundy, l’obsolescence se situe au même niveau que la continuité de la chaîne d’approvisionnement, la localisation géographique, la réglementation globale et les sanctions gouvernementales parmi les plus grandes menaces pesant sur les entreprises.
Ce qui rend l’obsolescence aussi risquée, c’est qu’une seule notification EOL peut impacter plusieurs produits et sous-ensembles, entraînant un effet domino susceptible de forcer rapidement un fabricant à activer une gestion de crise. Grundy, qui travaille dans l’automobile, cite l’exemple d’un constructeur utilisant un composant spécifique sur plusieurs véhicules : si ce composant est arrêté, il faudra le remplacer non pas sur un mais sur plusieurs modèles. Compte tenu du rythme de production typique, cela peut représenter plus de mille véhicules par jour impactés par une seule notification de cessation de production (PDN). « Cela peut se propager très rapidement au sein d’une flotte de véhicules », note-t-il.
L’impact de l’obsolescence ne se limite pas aux portefeuilles de produits existants. Dans l’industrie automobile, une seule obsolescence peut aussi impacter les modèles à venir. Les constructeurs « réutilisent souvent l’architecture » d’une génération à l’autre, selon Grundy : ainsi, si un composant est concerné par une notification EOL, cela peut changer le développement des futurs modèles. « Il ne s’agit pas seulement de protéger ce que nous avons aujourd’hui », souligne-t-il.
Gestion de l’obsolescence lors de la sélection des composants
Une manière efficace d’anticiper l’obsolescence consiste à atténuer les risques le plus en amont possible du processus de fabrication. Lorsque l’ingénieur prend en compte le risque d’obsolescence au stade de la recherche de composants et de la création de la première nomenclature (BOM), il réduit de manière proactive la probabilité d’une crise nécessitant une prise de décision précipitée par la direction. Une fois qu’une perturbation affecte la chaîne d’approvisionnement, la direction ne dispose plus du temps, des moyens de recherche ni de la marge de manœuvre nécessaires ; les compromis sur le coût, le planning de production, voire sur la qualité globale deviennent alors inévitables.
Grundy décrit un scénario extrême provoqué par un événement d’obsolescence : en l’absence de solutions de remplacement viables, un fabricant peut être contraint de revoir à la baisse les spécifications et les fonctionnalités de son produit—une pratique généralement qualifiée de « downspec ». « Dans certains cas extrêmes, pratiquement tous les constructeurs automobiles ont dû retirer une fonction sur leurs véhicules » suite à une obsolescence, explique-t-il. Bien que ces cas restent rares, ils étaient plus fréquents lors de la pénurie mondiale de semi-conducteurs, période où les composants basculaient rapidement en obsolescence et où il était très compliqué d’obtenir des alternatives dans un délai raisonnable.
Si ces situations désastreuses restent exceptionnelles, elles démontrent la nécessité irréfutable de traiter le risque d’obsolescence en amont, avant que la situation ne devienne critique.
Stratégies pour une gestion proactive de l’obsolescence
De nombreux fabricants abordent encore la gestion du risque d’obsolescence de manière provisoire et ponctuelle, alors qu’il existe de multiples méthodes éprouvées pour mieux anticiper la fin de vie des composants. Ces meilleures pratiques sont particulièrement efficaces lorsqu’elles sont appliquées dès la sélection des composants—avant que l’entreprise et ses experts achats ne soient liés par une nomenclature (BOM) définitive et ses sous-ensembles établis.
Prévision de l’obsolescence
Lorsqu’un ingénieur sélectionne un composant pour un nouveau produit ou une refonte, ses critères prioritaires restent la forme, l’ajustement, la fonction (FFF) et le coût. Pour maîtriser les risques, il devient néanmoins essentiel d’intégrer la prévision d’obsolescence, un outil précieux permettant d’estimer la durée de vie d’un composant et les années restantes avant son obsolescence. Les plateformes de supply chain risk management (gestion du risque de la chaîne d’approvisionnement, SCRM) agrègent de nombreuses données pour générer ces prévisions EOL et aider les ingénieurs à éviter les composants qui répondent aux critères FFF mais risquent l’obsolescence à court terme.
Sélection de composants alternatifs (crosses)
Une autre stratégie implique l'identification de crosses viables lors du choix des composants, fournissant un plan de secours si un composant atteint l’EOL plus tôt que prévu. Le choix d’une pièce disposant de plusieurs alternatives respectant les exigences FFF constitue une gestion proactive de l’obsolescence, facilement intégrable à la sélection initiale.
Anticiper l’évolution de la réglementation
Les entreprises et leurs équipes d’ingénierie ne font pas toujours le lien entre l’apparition de nouvelles réglementations et la montée de l’obsolescence des composants. Pourtant, la réalité est que les nouvelles directives environnementales ont un impact déterminant sur les tendances EOL. Lorsque la Directive européenne de restriction des substances dangereuses (RoHS) est entrée en vigueur en 2006, interdisant dix substances dans les composants électroniques, elle a provoqué une vague d’obsolescence pour les pièces contenant du plomb, du mercure ou du cadmium.
Si autrefois l’introduction de directives réglementaires majeures, type RoHS, était rare, la prise de conscience croissante des impacts des produits chimiques sur la santé et l’environnement entraîne aujourd’hui une multiplication de ces lois. L’augmentation des réglementations concernant les PFAS dans le monde, par exemple, aura inévitablement un effet significatif sur l’obsolescence des composants. Les professionnels maîtrisant ces dynamiques peuvent appliquer leurs connaissances pour choisir des composants moins susceptibles de perdre leur conformité à court terme. « Compte tenu de la durée de vie des programmes, des pièces et des produits, il faut désormais se projeter à huit ans », commente Grundy. Cette anticipation repose en grande partie sur la compréhension des perspectives de conformité environnementale et de durabilité.
Développer des relations étroites avec les fabricants de semi-conducteurs
Au-delà des mesures proactives classiques, Grundy évoque une stratégie moins souvent discutée en gestion du risque de la chaîne d’approvisionnement : de longue date, les grands donneurs d’ordres de composants électroniques portaient peu d’attention au choix des semi-conducteurs intégrés dans leur matériel. « Les exigences portaient sur la performance du matériel, » explique-t-il. « Le détail du composant interne nous importait peu. »
Cependant, de plus en plus d’entreprises perçoivent aujourd’hui les avantages d’un rôle actif dans la sélection des semi-conducteurs au cœur de leurs dispositifs. « Ce n’est que depuis trois ans environ que nous tenons des nomenclatures avancées pour notre contenu au niveau tier-one, » précise Grundy. Comment la gestion de l’obsolescence s’intègre-t-elle à cette démarche de contrôle accru ?
L’industrie du semi-conducteur figure parmi les plus compétitives au monde. Les fabricants ne cessent d’innover pour alimenter la technologie intelligente, l’apprentissage automatique, l’IA et d’autres secteurs de pointe. La conséquence de cette course à l’innovation ? Des puces mises en obsolescence bien plus rapidement qu’il y a quelques années. En établissant ce que Grundy appelle une « plus grande proximité » et des « relations plus étroites » avec les fabricants de puces, les entreprises prennent des décisions plus avisées sur les semi-conducteurs embarqués dans leurs voitures, ordinateurs, smartphones ou avions. En d’autres termes, ces partenariats stratégiques deviennent une véritable stratégie de gestion de l’obsolescence.
Comment une plateforme SCRM peut renforcer votre gestion de l’obsolescence
Si certaines stratégies présentées ici peuvent être déployées par des équipes internes d’ingénierie et d’approvisionnement, leur mise en œuvre exige une expertise et des ressources importantes. Maîtriser un paysage réglementaire en constante évolution et rechercher systématiquement des crosses pour chaque composant potentiel d’une nomenclature (BOM) sont des tâches aussi chronophages qu’exigeantes. Bien qu’indispensables, elles peuvent mettre à rude épreuve les ressources des équipes et nuire à la productivité, voire entraîner un risque d’épuisement.
Pour les fabricants souhaitant bâtir un système de gestion de l’obsolescence solide sans alourdir la charge de leur personnel, une solution de supply chain risk management offre une alternative idéale. Z2Data, l’une des plateformes SCRM les plus complètes du marché, fournit aux entreprises les données, la visibilité et les analyses prédictives nécessaires pour évaluer le risque d’obsolescence avec précision. Son vaste catalogue de plus d’un milliard de composants comprend des profils détaillés avec la liste des crosses disponibles et toutes les informations de conformité environnementale. Enfin, Z2Data met à la disposition de ses clients un outil de prévision d’obsolescence leader sur le marché, affichant une précision historique supérieure à 90 %.
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