À retenir de l’article :
- La géopolitique est redevenue l’un des principaux facteurs de perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales en 2025. Les risques récurrents ou émergents incluent les conflits armés, les droits de douane réciproques et les restrictions à l’exportation sur les terres rares et minerais critiques.
- Au-delà de leur augmentation ou baisse, les structures tarifaires évoluent elles-mêmes : certains semi-conducteurs sont désormais soumis à des droits de douane selon leur Country of Design (COD) plutôt que le traditionnel Country of Origin (COO).
- Les risques liés aux fournisseurs deviennent parmi les plus perturbateurs et imprévisibles pour les fabricants, en particulier sans visibilité n-tier. Il s’agit notamment de la stabilité financière, de la conformité réglementaire et commerciale.
Les risques pour la chaîne d’approvisionnement ne font pas que se multiplier, ils s’étendent également. En 2025, les entreprises dotées de chaînes d’approvisionnement sophistiquées et mondialisées font face à des menaces de perturbation à chaque stade du cycle de vie produit. Qu’il s’agisse de typhons annuels en Asie du Sud-Est, de la faillite soudaine d’un fournisseur ou de restrictions à l’export déclenchant une réaction en chaîne, les perturbations touchent tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement.
Pour aider les organisations à saisir pleinement leur exposition au risque, Z2Data a recensé les principaux risques qui pèsent actuellement sur les chaînes d’approvisionnement. Voici ceux à surveiller pour mener à bien votre stratégie jusqu’en 2026 :
Géopolitique et commerce international
La géopolitique est redevenue un facteur majeur de perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales. Entre fluctuations tarifaires et contrôles à l’exportation en représailles, l’année passée a été marquée par des décisions politiques rapides et imprévisibles qui ont directement touché les entreprises opérant à l’international. Ces événements ne transforment pas seulement les secteurs, ils mettent aussi les entreprises sous pression alors qu’elles tentent d’assurer l’approvisionnement en pièces, minerais critiques et composants essentiels.
Entre fluctuations tarifaires et contrôles à l’exportation en représailles, l’année passée a été marquée par des décisions politiques rapides et imprévisibles qui ont directement touché les entreprises opérant à l’international.
- Conflits armés : Des affrontements entre nations (ex. : Russie–Ukraine, Inde–Pakistan) peuvent entraîner de graves perturbations logistiques, un accès restreint aux matières premières ou à l’énergie. Les fabricants subissent des arrêts de production, des retards logistiques et une envolée des coûts lorsque les tensions régionales s’aggravent.
- Conflits commerciaux : Les litiges commerciaux débouchent souvent sur des sanctions, des restrictions à l’export ou d’autres mesures de rétorsion. Les tensions sino-américaines, par exemple, ont conduit la Chine à imposer des contrôles à l’export sur les terres rares — intrants critiques pour les secteurs automobile et électronique.
En avril 2025, la Chine a annoncé de nouvelles restrictions à l’exportation sur plusieurs minerais critiques. En mai, Ford a confirmé la fermeture d’une usine plusieurs semaines faute de composants. Le PDG de Ford expliquait : « Nous avons fermé des usines ces trois dernières semaines car nous ne pouvons pas obtenir de puissants aimants. » Cet épisode illustre la rapidité avec laquelle les tensions commerciales peuvent paralyser la production.
- Sanctions et restrictions d’entités : Les gouvernements recourent de plus en plus aux sanctions pour restreindre les échanges avec certaines régions ou entreprises, pouvant aller jusqu’à la cession forcée ou à la prise de contrôle publique.
Le dernier exemple en date est la crise Nexperia. Après la mise en œuvre par les États-Unis de la règle BIS 50 % Affiliates Rule — étendant les restrictions à l’export aux entreprises détenues à au moins 50 % par une entité de l’Entity List — Nexperia, propriété du chinois Wingtech Technologies, s’est vue appliquer ces nouvelles règles. En réponse, le gouvernement néerlandais a engagé la mise sous contrôle de l’entreprise, tandis que le MOFCOM chinois interdisait l’export des composants chinois de Nexperia. Conséquence : la chaîne d’approvisionnement des puces automobiles, fortement dépendante de Nexperia, est déstabilisée.
- Minerais de conflit et dépendances aux terres rares : La domination chinoise dans les terres rares et minerais critiques accroît le risque de dépendance. Les restrictions à l’exportation introduites en 2024 et 2025 exercent une pression supplémentaire sur les chaînes d’approvisionnement en électronique, énergies renouvelables et véhicules électriques, qui dépendent de ces matériaux sous tension.

Risques propres aux tarifs douaniers
Malgré l'ensemble des pressions géopolitiques, les droits de douane demeurent des perturbateurs récurrents et majeurs, fluctuants semaine après semaine et contraignant les fabricants à absorber des hausses soudaines. Outre leur augmentation ou baisse, la structure elle-même devient imprévisible. Ainsi, certains produits comme les semi-conducteurs sont désormais taxés selon leur Country of Diffusion (COD) et non plus uniquement selon leur Country of Origin (COO), complexifiant la tâche des importateurs.
Sous l’administration Trump, les droits de douane ont évolué d’un simple instrument commercial à un levier géopolitique à large spectre. Les priorités de politique étrangère et de sécurité nationale dictent désormais le recours aux tarifs, souvent sans préavis, ce qui constitue un risque stratégique permanent pour les chaînes d’approvisionnement internationales.
Les priorités de politique étrangère et de sécurité nationale dictent désormais le recours aux tarifs, souvent sans préavis, ce qui constitue un risque stratégique permanent pour les chaînes d’approvisionnement internationales.
- Droits de douane réciproques : La surenchère tarifaire, notamment entre les États-Unis et la Chine, a porté la moyenne effective américaine à 18 %, un record depuis 1934. Ces mesures renchérissent le coût des matériaux et complexifient l’introduction de nouveaux produits (NPI) et la gestion des coûts.
- Droits de douane sectoriels : Des industries telles que l’acier, l’aluminium, la pharmacie, le bois ou la menuiserie subissent des droits de douane ou des mesures antidumping récurrentes, faussant les indices mondiaux et rendant l’anticipation des coûts d’approvisionnement difficile.
- Droits de douane Section 232 : À la mi-2025, les États-Unis ont doublé les droits de douane Section 232 sur l’acier et l’aluminium à 50 % et renforcé les obligations déclaratives. Les entreprises sans données d’approvisionnement fiables encourent désormais des pénalités pouvant atteindre 200 %. Des centaines de catégories de produits supplémentaires ont été soumises à la Section 232 la même année, signe d’une possible extension.
Cette expansion rapide et agressive a déjà un impact immédiat. Plusieurs fournisseurs de métaux internationaux, dont Algoma Steel, ont suspendu les exportations vers les États-Unis, laissant les fabricants rechercher en urgence des sources alternatives.
Risques liés aux fournisseurs et partenaires
À l’ère actuelle, les risques fournisseurs figurent parmi les plus perturbateurs et imprévisibles, particulièrement pour les industriels sans visibilité n-tier.
De la surfacturation opportuniste aux défaillances financières soudaines parmi les sous-fournisseurs, la vulnérabilité du tissu fournisseur peut rapidement s’aggraver. En cas de dépendance à une seule source ou à un réseau concentré, la moindre perturbation peut entraîner retards, allongement des délais d’approvisionnement et hausse des coûts.
- Opportunisme fournisseur (« Greedflation ») : Certaines entreprises profitent d’un contexte inflationniste ou tarifaire pour augmenter leurs prix au-delà des coûts réels, rognant les marges des OEM et réduisant la transparence tarifaire.
Le phénomène est apparu au début de la pandémie de COVID-19. Une étude publiée en 2023 par des économistes de l’Université du Massachusetts Amherst conclut que l’inflation américaine lors de la crise COVID était principalement une « sellers’ inflation », alimentée par le pouvoir de marché de certains acteurs qui cherchaient à maximiser leurs profits indépendamment de leurs coûts sous-jacents. Les profits records de 2021 et 2022 confortent cette analyse : de nombreuses entreprises ont exploité conjoncture et pouvoir de marché pour élargir leurs marges.
- Instabilité financière des fournisseurs : Des difficultés financières, notamment chez les fournisseurs Tier-1 ou sous-traitants, peuvent provoquer des ruptures majeures. Faillites, restructurations ou problèmes de trésorerie menacent la disponibilité des pièces et imposent un ré-approvisionnement en urgence, amplifiant les risques en cas de fournisseurs spécialisés ou à capacité restreinte.
- Fusions et acquisitions : Les opérations de M&A modifient la structure actionnariale, le profil de risque, la gamme de produits et l’exposition à la conformité d’un fournisseur.
- Monosourcing : La dépendance à un fournisseur unique pour un composant ou matériau critique expose à un risque élevé d’arrêt de production en cas de défaillance opérationnelle, de problème qualité ou de contrainte géopolitique. Les conséquences incluent l’arrêt de la production, des délais longs pour qualifier des solutions alternatives et un pouvoir de négociation accru du fournisseur.
Risques réglementaires et de conformité
Les pressions réglementaires s’intensifient, notamment au sein de l’Union européenne, les autorités exigeant une transparence approfondie jusque chez les sous-traitants. Les nouvelles exigences imposent aux entreprises la connaissance de leurs sources d’approvisionnement et de la gestion de leur impact environnemental et des risques liés aux droits humains.
- ESG : De nouvelles réglementations mondiales telles que CSRD, CSDDD et EUDR révolutionnent la mesure et la publication de la performance ESG. Elles imposent la collecte de données détaillées tout au long de la chaîne d’approvisionnement : émissions, exposition à la déforestation, diligence raisonnable et traçabilité par fournisseur.
La non-conformité expose à des sanctions financières et à des remises en conformité obligatoires. L’EUDR, par exemple, prévoit la perte d’accès au marché européen pour les produits ne pouvant être certifiés « à faible risque ».
- Réglementations chimiques et matières : Les cadres réglementaires ciblant les substances dangereuses se multiplient rapidement. Les restrictions sur les PFAS ainsi que des cadres tels que REACH imposent une visibilité à l’échelle de la nomenclature (BOM) et un suivi continu de la composition des matériaux.
Les entreprises doivent maintenir des données matières spécialisées, scruter l’évolution des listes de substances et veiller à ce que les fournisseurs mettent à jour en temps réel leurs formulations et leur documentation : un exercice de plus en plus complexe pour les fabricants.
- Droits humains et conformité commerciale : Les États resserrent la réglementation sur le travail et les achats responsables, via des lois comme l’UFLPA, le Modern Slavery Act britannique ou la loi canadienne sur l’esclavage moderne. Ces textes imposent une diligence renforcée à toutes les strates de la chaîne d’approvisionnement, centrée sur le travail forcé, les conditions de travail et la responsabilité des fournisseurs.
Illustration concrète : en janvier 2025, le Department of Homeland Security américain (DHS) a ajouté Zijin Mining Group Co., Ltd. à la UFLPA Entity List. Les produits ayant un lien avec Zijin ou ses filiales risquent désormais d’être bloqués par la douane américaine (CBP).
Zijin est un fournisseur mondial majeur de cuivre pour les industriels de l’automobile, de l’aéronautique, du solaire et de l’industrie générale. Son inscription sur cette liste fait suite à des soupçons de liens avec le travail forcé, plusieurs filiales — dont Xinjiang Habahe Ashele Copper Co., Ltd. — étant également sous le coup de mesures UFLPA.
Risques opérationnels et environnementaux
Les interruptions opérationnelles demeurent parmi les risques de continuité de la chaîne d’approvisionnement les plus immédiats et difficiles à anticiper. Avec l’amplification de la variabilité climatique et l’interdépendance croissante des réseaux de production, leur effet peut être brutal, multiple et mondial.
- Catastrophes naturelles et aléas climatiques : Les conditions extrêmes peuvent stopper la production, endommager les infrastructures critiques ou assécher les sources de matières premières.
Exemple : l’ouragan Helene a perturbé l’extraction de quartz en Caroline du Nord, affectant la filière des semi-conducteurs et de l’électronique. Avec la volatilité croissante du climat, ces perturbations devraient s’intensifier.
- Obsolescence : La fin de vie (EOL) de composants, l’arrêt de matériaux et la contraction de l’écosystème fournisseur provoquent des goulets d’étranglement si des substitutions ou refontes ne sont pas anticipées. Les fabricants utilisant des composants obsolètes ou des matériaux de niche sont très exposés, la qualification de nouveaux composants nécessitant souvent des tests et des validations réglementaires longs.
- Cybersécurité : Les attaques visant les fabricants ou leurs fournisseurs peuvent interrompre la production, compromettre la propriété intellectuelle et provoquer des arrêts en cascade dans les réseaux d’approvisionnement.
- Incidents sur site : Des événements tels que conflits sociaux, incendies, explosions, fuites chimiques ou accidents sur site peuvent paralyser des sites-clés. Ces incidents entraînent retards majeurs, baisse de production et re-sourcing en urgence, surtout pour les process spécialisés ou sous contrainte de capacité.
- Transport et logistique : Les routes du transport mondial restent fragiles. Des événements comme la sécheresse du canal de Panama ou la crise en mer Rouge montrent que des tensions environnementales ou géopolitiques, voire des blocages d’infrastructures, peuvent ralentir les flux, restreindre la navigation et faire grimper les coûts logistiques. Ces goulots affectent l’ensemble de la chaîne, remettant en question la planification et la gestion des stocks.

Risques sociaux et main-d’œuvre
Les dynamiques de main-d’œuvre constituent un risque continu pour les fabricants, surtout lorsqu’ils cherchent à réorienter leurs chaînes d’approvisionnement vers des régions jugées plus sûres face à la complexification réglementaire et géopolitique. Du manque de talents à la pression salariale, tous ces défis accroissent l’incertitude sur la chaîne d’approvisionnement.
- Pénurie de personnel qualifié : De nombreux secteurs industriels affrontent un déficit croissant de compétences. Avec le départ à la retraite des travailleurs expérimentés et la faible attractivité des métiers industriels, les coûts salariaux grimpent, la montée en cadence ralentit, et la capacité de production a du mal à suivre la demande.
Par exemple, le recrutement pour les sites de fabrication avancée de TSMC à Phoenix (Arizona) est un vrai défi. Alors que la société renforce sa présence industrielle aux États-Unis, elle doit compter sur le vivier local de talents pour exploiter ses usines de pointe. Les universités multiplient les formations spécifiques pour répondre au besoin en main-d’œuvre dans la microélectronique, mais rien ne garantit que ces mesures suffiront à soutenir durablement l’exploitation de TSMC outre-Atlantique. - Grèves : Les mouvements sociaux dans l’automobile, la logistique et la production industrielle continuent à provoquer d’importantes perturbations. Les arrêts de travail prolongés stoppent les lignes, retardent les expéditions et obligent les OEM à réviser calendrier ou à fermer temporairement des sites. Les effets en chaîne touchent toute la filière, notamment quand ports, réseaux ferrés ou fournisseurs stratégiques sont impactés.
Z2Data, votre partenaire pour anticiper les risques majeurs de 2026
Cette année a vu l’émergence de nouveaux enjeux et le renforcement de risques déjà majeurs pour les entreprises disposant de chaînes d’approvisionnement mondiales avancées. Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle illustre la diversité et l’interconnexion des vulnérabilités actuelles. L’enjeu n’est plus de maîtriser un ou deux facteurs-clés : il s’agit d’adopter une stratégie permettant de naviguer l’ensemble du spectre des risques. Un seul faux pas — du sous-traitant sanctionné à la non-conformité CSRD — peut suffire à compromettre la livraison des produits sur un marché de plus en plus concurrentiel.
Pris ensemble, ces facteurs imposent aux entreprises de repenser la planification, l’approvisionnement et la sécurisation de leurs chaînes, rendant la résilience et la gestion proactive du risque indispensables. Les organisations souhaitant renforcer leur supply chain risk management (SCRM) pour aborder 2026 trouveront de nombreuses fonctionnalités-clés dans la plateforme SCRM de Z2Data. Z2Data propose notamment :
- Cartographie de la chaîne d’approvisionnement
- Sub-Tier Intelligence
- Analyse du risque fournisseur
- Supervision en temps réel de la chaîne d’approvisionnement
- Intelligence événementielle IA
- Recherche paramétrique de composants
- Prévisions d’obsolescence parmi les meilleures du marché
- Évaluation de conformité et analyse du risque
Avec l’infrastructure de gestion du risque à 360° de Z2Data, vous pouvez aborder 2026 avec confiance. Pour en savoir plus sur Z2Data et ses fonctionnalités, demandez un essai gratuit auprès de nos experts produit.